Tomb Raider : Novélisation du 1er film

    • Nom : Lara Croft: Tomb Raider
    • Auteur : Dave Stern
    • Édition : J’ai Lu
    • Parution : Mai 2001
    • Nombre Pages : 283
    • Traduction par : Pascal Loubet

Quatrième de Couverture : Personne n’a conscience du danger qu’ils représentent pour le genre humain. Leur existence même est ignorée. Et pourtant, tapis dans l’ombre, depuis cinq mille ans, les Illuminati attendent leur heure. Rien, semble-t-il, ne pourra arrêter leur funeste projet : s’emparer du pouvoir absolu. Rien ? Au péril de sa vie, une femme seule va tenter de combattre cette redoutable organisation. De la jungle du Cambodge aux plaines glacées-de Sibérie, elle fera tout pour déjouer leurs ambitions diaboliques. Croft. Profession : Tomb Raider.

Transcription complète du prélude :

Décembre 1980, Croft Manor

Il n’aurait bientôt plus de temps. Croft le savait, et pourtant, il n’arrivait pas à prendre de décision. Dans quelques jours à peine, il serait dans un avion à destination de Novaya Zemlya. Il avait encore un tas de détails à régler : il devait téléphoner à Lobdynin, organiser les équipes, courtiser les fonctionnaires gouvernementaux et les autorités des musées pour obtenir leur soutien afin que l’expédition réussisse. Il fallait aussi vérifier le matériel, s’assurer que les vivres seraient de bonne qualité et que les tentes résisteraient aux intempéries.
Mais, pour l’instant, il n’avait qu’une chose en tête : les pages de l’Aegyptica de Manethon, qui étaient répandues pêle-mêle sur son bureau.
Deux soirs plus tôt, il avait assisté à la représentation de Casse-Noisette par le Royal Ballet. Quand il était rentré, comme il était encore tôt, il avait décidé de travailler à sa traduction. Il s’était rendu dans son bureau, où il avait trouvé ses dictionnaires et ouvrages de référence sur la table, tels qu’il les avait laissés. Les reproductions du papyrus étaient là, elles aussi, mais elles n’étaient plus rangées de la même manière.
Quelqu’un s’était introduit dans son bureau pendant son absence.
Il avait immédiatement deviné de qui il s’agissait. Et Croft, Lord Henshingly Croft, de Croft Manor, descendant et héritier de l’une des familles les plus respectées et les plus influentes du royaume, avait compris autre chose : malgré sa fortune, son statut social et son pouvoir, il était seul. Il ne pouvait plus compter sur ceux qu’il avait jusque-là considérés comme des amis. En fait, il devait les traiter comme des ennemis.
Croft était donc assis à sa table de travail, se demandant avec qui il pourrait partager le fardeau de son secret.
Sur sa droite était empilé du papier à lettres. Quelques feuilles avaient déjà échoué dans la poubelle. C’étaient des lettres qu’il avait gribouillées, relues, corrigées et finalement jetées.
Sur sa gauche étaient posés une taille de thé et un croissant grignoté, mais il ne se rappelait pas avoir goûté ni à l’un ni à l’autre. Était-ce ce matin ? La veille ? Il n’aurait su le dire. En fait, il ne se souvenait pas non plus d’avoir diné le soir précédent.
Il se leva et alla à la fenêtre.
La propriété était déjà recouverte d’un manteau blanc, et la météo prévoyait encore des chutes de neige dans la soirée. Mais pas suffisamment pour retarder ses activités, lui avait-on précisé. De toute façon, à ce stade, rien n’aurait pu l’arrêter, pas même un blizzard de la violence de celui qui l’avait empêché d’atteindre le cratère de Tunguska en février. L’enjeu était trop important.
Au-dessus de la cheminée, une mosaïque représentait Robert Croft, son ancêtre. Le comte, le premier des Croft à porter ce titre, posait dans sa tenue de conseiller de la reine, un sourire énigmatique aux lèvres. Il avait des traits coupés à la serpe, une barbe soigneusement taillée, et ses yeux étaient pétillant de l’assurance d’un homme qui sait quelque chose que les autres ignorent.
Sur cette mosaïque (dont Croft avait récemment appris qu’elle était de facture vénitienne et qu’elle avait été expédiée au manoir par bateau – ironie du sort), le comte, qui était alors le conseiller préféré d’Elizabeth Ire, se trouvait au faîte de sa gloire.
Croft avait essayé, à sa façon, de perpétuer la tradition familiale et de faire bénéficier les puissants n’avaient plus confiance en lui.
Croft regagna sa table de travail et se demanda une nouvelle fois qui pourrait l’aider.
Il y avait bien Edward, son cousin, un banquier de Londres : un homme vertueux comme il en existait peu, aussi scrupuleux et discret que peut l’être un banquier. Croft avait commencé à lui écrire mais, très vite, il s’était rendu compte qu’il faisait une erreur. Edward était convaincu que le monde était tel qu’il paraissait être et qu’il fallait vénérer Dieu, la reine et la patrie.
Edward aurait du mal à admettre la vérité. Il ne lui serait donc d’aucun secours.
Il y avait aussi Franklin Clive, son plus vieil ami et avocat. Seulement, Franklin était un homme de loi, prisonnier des exigences de sa profession. Il se soumettrait toujours aux lois, estimant qu’elles étaient justes.
Franklin ne convenait donc pas.
Mais qui, alors ? Qui ?
On frappa à la porte.
– Entrez.
La porte s’ouvrit, et un petit visage apparut à la hauteur de la poignée. C’était Lara.
Croft sourit. Durant la représentation de Casse-Noisette, il avait enfin remarqué ce que ses amis ne cessaient de lui répéter depuis un an : sa fille était le portrait craché de sa mère. Elle s’était rendue au ballet vêtue d’une robe de velours vert, ses cheveux noirs ramenés en un chignon qui la faisait paraître plus âgée que ses sept ans. A sa façon de s’asseoir, de lisser sa robe, d’applaudir frénétiquement, de sourire à l’apparition d’un nouveau personnage, il avait eu l’impression de revoir sa femme. Et même aujourd’hui, alors qu’elle portait un pantalon de toile et un pull, la ressemblance était frappante. En la regardant, la mélancolie s’empara de lui.
– Je t’ai apporté ton déjeuner, papa.
– C’est ce que j’ai entendu de plus agréable de toute la journée.
Wilson apparut sur le seuil. Il tenait un plateau à bout de bras.
Nous vous avons apporté votre déjeuner.
– Oui, mais c’est moi qui l’ait fait, précisa Lara.
– Certainement, mon enfant. Elle a coupé les pommes elle-même, ajouté Wilson à l’adresse de Croft, en posant le plateau sur une petite table à gauche du bureau. Je dois dire qu’elle manie le couteau comme une vraie petite Gitane.
Lara s’approcha de la table.
– Ce sont des pommes et du brie, papa, dit-elle en tendant sa petite main. Et là, des chips, de l’hoummous et du tahini.
Lara avait pris goût à la cuisine du Moyen-Orient durant leur expédition de l’été précédent. Pendant que Croft s’absorbait dans ses fouilles, Lara et Olivia, qui s’occupait de la petite fille, avaient exploré les ruelles d’Al Iskandariya et fait des courses, rapportant des tas de spécialités et de friandises.
– Cela m’a l’air délicieux. Merci, mon ange.
Il tendit les bras, et Lara se jeta à son cou.
– De rien, papa.
Croft lui ébouriffa les cheveux.
– Voulez-vous vous joindre à moi, mademoiselle ?
Croft se leva, approcha une chaise et la désigna cérémonieusement à sa fille.
Wilson, qui n’avait pas bougé, demanda :
– Avez-vous des nouvelles de Lobdynin ?
Croft secoua la tête, prit une tranche de pomme et étala un peu de brie dessus. Wilson et lui étaient amis depuis plus de vingt ans. Deux jours plut tôt, Croft lui aurait confié sa vie. A présent, il se méfiait.
Wilson avait dû remarquer quelque chose car, quand Lara sortit, il posa sa tasse de thé et s’éclaircit la voix.
– Vous semblez préoccupé, Croft, déclara-t-il.
– Eh bien, dit Croft en se forçant à sourire, pas plus que d’habitude. C’est jusque que j’ai trop de choses à faire et trop peu de temps.
– Si vous le souhaitez, je peux m’occuper de certains aspects de l’organisation.
– Merci.
Croft trouvait suspect l’intérêt que portait Wilson à l’expédition. Mais peut-être se trompait-il ? Tous deux se connaissaient depuis si longtemps… Cet homme qui était comme un parrain pour sa fille, était-il capable de le trahir ?
Sans doute pas. Mais il n’y avait que Wilson. Croft se méfiait surtout de Gareth, de Mrs King et de Ravenna, ainsi que de leur distingué chef. C’était en eux qu’il ne pouvait avoir confiance.
Finalement, il demanda à Wilson s’il voulait bien passer un coup de fil à Lobdynin et s’accorda une pause pour jouer aux échecs avec Lara. Cependant, comme il avait la tête ailleurs, Lara faillit le battre, pour la première fois. Elle lui reprocha d’être distrait. Pour se faire pardonner, il l’emmena à la cuisine pour lui offrir une glace.
Ils retournèrent ensemble dans le bureau et s’assirent devant le feu. Il lui lut quelques pages d’Haliburton, puis il le laissa poursuivre seule tandis qu’il s’asseyait à sa table pour réfléchir à son problème : en qui pouvait-il avoir confiance ?
– Papa ?
– Oui, Lara ?
– Pourquoi je ne peux pas venir avec toi, cette fois ?
Elle avait posé son livre et faisait tourner le gros globe situé à l’autre bout de la pièce.
– Au cas où tu l’aurais oublié, tu as école.
– L’école, c’est bête. On n’apprend que des trucs pour bébés.
Croft dissimula un sourire. Les récriminations de Lara étaient l’écho des réflexions qu’il avait lui-même faites à ses professeurs. Sa fille était très en avance sur les autres enfants de sa classe.
– Il faut aller à l’école, Lara.
– Papa, j’ai une idée. On pourrait engager un précepteur. Bobby Cecil en a un.
– Oui, eh bien, tu n’es pas Bobby Cecil. Moi, je pense que c’est important que tu étudies en compagnie de camarades de ton âge.
– Mais je veux rester avec toi, papa. Et puis, tu sais déjà tout ce qu’on m’enseigne à l’école. Tu pourrais être mon professeur.
– Non, je suis désolé, mon ange.
Elle fit une moue boudeuse.
– Mais l’année prochaine, tu me laisseras venir avec toi, n’est-ce pas ?
– Nous verrons. Cela dépendra de l’endroit où j’irai.
– Tu avais parlé du Cambodge. Je veux aller au Cambodge.
– Lara, le Cambodge, ce n’est pas pour les petites filles.
– Je ne suis pas si petite que ça. Tu l’as dit toi-même.
– C’est vrai.
– Et puis, je peux t’aider.
– Ah, bon ?
Croft sourit en imaginant Lara sur une piste khmère, un sac rempli de matériel sur le dos.
– Ne ris pas. Je t’aiderai vraiment, tu verras.
Elle semblait brusquement avoir vingt ans de plus. Sa voix et son expression étaient si sérieuses que Croft, entrevoyant l’avenir, eut soudain pitié de ceux qui croiseraient la route de sa fille.
Il la fixa intensément.
– Qu’est-ce qu’il y a ? demanda-t-elle.
A qui faire confiance ? La réponse à cette question qui le taraudait était devant lui.
– Lara, dit-il gravement, saurais-tu m’indiquer où se trouve le Cambodge sur le globe ?
– Je crois, dit-elle en plissant le front.
– Montre-le-moi, alors.
Croft ouvrir un tiroir, prit une liasse de papier pelure et sortit son stylo.
Lara était penchée sur le globe, cherchant le pays que Croft lui avait demandé. Au-dessus de la cheminée, Robert Croft contemplait ses descendants, et le dernier Lord Croft en titre se rappela que William, son père, lui avait appris quels étaient ses devoirs et qui il devait servir : Dieu, la reine et la patrie.
Eh bien, le moment était venu pour la dernière génération des Croft d’accomplir ses devoirs.
Croft se mit à écrire.

Ma chère fille,

Il hésita un instant. Du regard, il chercha Lara. Ils échangèrent un sourire.

Lorsque tu liras cette lettre, je ne serai plus avec toi. Tu me manqueras, et je t’aimerai toujours, pour l’éternité.

Croft se pencha de nouveau sur la feuille.
Dehors, la neige recommençait à tomber.