L’Atlantide : Mythes et réalités

Pour sa toute première aventure, Lara Croft part explorer l’un des plus grands, si ce n’est le plus grand mythe de toute l’Histoire : l’Atlantide. La légendaire cité mentionnée par Platon méritait bien 2 opus de Tomb Raider pour découvrir tous les secrets de cette civilisation qui fascine les archéologues depuis des siècles. Dans ce premier article dédié aux lieux de Tomb Raider, je vous propose de découvrir tout d’abord le récit de Platon à l’origine du mythe, les différentes théories en cours actuellement, puis l’histoire de l’Atlantide telle qu’on la découvre au fil des différents épisodes TR. J’aborderai enfin l’aspect évhémériste sous lequel l’Atlantide est présentée dans TR avec le lien qui l’unit à toutes les civilisations explorées par Lara au cours de TR1, TR7, TRA et TR8.


• Le récit de Platon à l’origine du mythe

Il y a plus de 2300 ans, le philosophe grec Platon rédige 2 de ses Dialogues, le Timée et le Critias, dans un projet de décrire les origines de l’univers, de l’homme et de la société. Outre la richesse philosophique de leur propos, ces 2 textes fascinent depuis des siècles pour parler d’une fabuleuse civilisation dont pourtant personne n’a jamais trouvé la moindre preuve d’existence réelle.

Dans le Timée écrit vers -360, Platon rapporte les propos de son ami Critias, dont l’arrière-grand père Dropidès s’était vu confier par le législateur athénien Solon, une histoire qu’il tenait lui-même d’un prêtre égyptien du temple de Saïs, rencontré lors d’un voyage en Egypte en -570. Un bouche à oreille qui commence ainsi :

En ce temps-là, on pouvait traverser cette mer Atlantique. Elle avait une île, devant ce passage que vous appelez, dites-vous, les colonnes d’Hercule. Cette île était plus grande que la Libye et l’Asie réunies. (…) Or, dans cette île Atlantide, des rois avaient formé un empire grand et merveilleux. Prêtre de Saïs - Le Timée / Platon

Platon, copie d’un marbre grec du 4e siècle av. JC / Musée du Vatican

Le prêtre raconte alors la guerre que se livrèrent les Hellènes (les grecs) et les Atlantes qui colonisèrent tout le bassin méditerranéen, à l’exception d’Athènes qui finit par vaincre les soldats venus de la mer. C’est à l’issue de cette victoire que le cataclysme se produisit, des événements que le prêtre situe plus de 9 500 ans avant son époque. Cela nous fait remonter à la fin de la dernière glaciation, lorsque le niveau de la mer était remonté progressivement de près de 130 mètres.

Dans l’espace d’un seul jour et d’une nuit terribles, toute votre armée athénienne fut engloutie d’un seul coup sous la terre et, de même, l’île Atlantide s’abîma dans la mer et disparut.Prêtre de Saïs - Le Timée / Platon

Dans le Critias, Platon donne de nombreux détails sur l’île, ses origines, ses habitants, ses richesses et ses coutumes, et en fait un monde au départ idyllique et béni des dieux. L’île-continent d’Atlantide se situait au-delà des Colonnes d’Hercule (le détroit de Gibraltar) et depuis elle, on pouvait gagner un nouveau continent inconnu situé derrière. Son roi était Atlas, fils du dieu de la Mer Poséidon et de la nymphe Clito. L’île était divisée en 10 royaumes gouvernés par Atlas et ses 9 frères puis par leurs descendants, Atlas régnant sur la cité-mère bâtie autour d’un mont au centre de l’île. Elle avait été dessinée par Poséidon en personne, et entourée de plusieurs murailles et canaux circulaires communicants entre eux et avec la mer. L’Atlantide était extraordinairement riches en ressources naturelles, de la nourriture à foison pour ses habitants et ses animaux, mais aussi en matériaux pour ses villes, ses temples et palais et sa formidable armée (10 000 chars, 1 200 bateaux, 1 200 000 hoplites). Mais sa plus grande richesse était l’orichalque, un mystérieux métal qu’on ne trouvait que là-bas. Les atlantes vénéraient Poséidon comme dieu principal et lui offraient chaque année des taureaux en sacrifice. Avec le temps et l’orgueil, ils devinrent décadents, corrompus et guerriers : ils fondèrent par les armes des colonies tant en Afrique qu’en Europe et conquirent la Méditerranée jusqu’en Égypte. En Grèce, seule Athènes lui résista, jusqu’à la victoire finale des athéniens. Zeus décida alors d’en finir et de punir l’Atlantide : il provoqua un puissant séisme suivi d’un immense raz-de-marée, causant ainsi l’engloutissement de l’île. Le récit de Platon s’arrête ici. Soit il n’a jamais écrit la suite, soit elle a été perdue. Mais la quantité d’informations données dans le Critias suffit à alimenter l’imagination sur cette civilisation prospère, peut-être une des plus avancées de son temps.

Représentation de la capitale Atlante / Auteur inconnu


• De la théorie à la réalité ?

Contrairement à une idée reçue, plusieurs auteurs de l’Antiquité comme Hérodote, Thucydide, Strabon, ou Diodore de Sicile, mentionnent aussi l’Atlantide, parfois même avant Platon. Mais c’est surtout le Moyen-Âge qui va relancer l’intérêt pour ce continent perdu, avec la redécouverte des textes antiques. Aujourd’hui, les chercheurs s’opposent toujours quant à la manière d’appréhender le mythe. Dès le 16è siècle, la majorité des érudits sont d’accord pour dire que l’Atlantide est une histoire métaphorique, destinée à servir le propos de Platon. Guy Kieffer, chargé de recherche au CNRS, géographe et géologue qui s’est penché sur les sources de Platon, le résume ainsi : « Il est maintenant admis que l’Atlantide n’a jamais existé et qu’il s’agit d’un mythe créé par Platon (…) Elle correspond à une allégorie imaginée par Platon pour donner une leçon de civisme et de bonne conduite à ses concitoyens d’Athènes et dénoncer leur mercantilisme, leur indiscipline, leurs querelles et l’esprit démagogue de leurs mœurs politiques.» Mais avec l’avènement des grands explorateurs et des techniques scientifiques, de nombreux chercheurs continuent de croire en la réalité de l’Atlantide, et tentent d’en découvrir les vestiges, tout autour du globe…  A ce titre en 2005, une conférence internationale s’est tenue à Milos. Composée d’indépendants et de chercheurs de toutes disciplines (archéologues, historiens, géographes, géologues…), elle a établi une liste de 24 critères nécessaires à l’identification d’un site avec l’Atlantide. 2 autres conférences ont suivi, en 2008 à Athènes et Santorin en 2010. Voici un aperçu des théories en cours, des plus sérieuses, aux plus fumeuses.

La Crète
Cette théorie, due aux travaux d’archéologues grecs et du commandant Cousteau est sans doute la plus communément acceptée, même si elle ne correspond pas du tout en terme de dates. Elle identifie l’Atlantide à la brillante et puissante civilisation minoenne qui rayonna sur une grande partie de la Méditerranée. Aux alentours de -1610 av. JC, la caldeira de Thera (aujourd’hui Santorin) entre dans une violente éruption, causant une série de tsunamis de plus de 30 mètres de haut, traversant toute la Méditerranée orientale et s’enfonçant de plusieurs centaines de mètres dans les terres. On a longtemps cru que cette éruption avait été la cause du déclin des minoens, mais cette idée est aujourd’hui remise en cause. Si des colonies et avant-postes minoens furent détruits, Knossos, la capitale, fut épargnée. Cependant les minoens furent affaiblis, et les mycéniens de la Grèce continentale profitèrent de cette baisse d’influence pour créer leurs propres colonies et s’implanter en Crète, entamant ainsi le début d’un déclin progressif de la civilisation minoenne. Le souvenir de l’éruption étant suffisamment resté gravé dans la mémoire collective pour être réinterprété et servir de trame à un mythe littéraire.

Santorin : la caldeira de 10 km de diamètre bordée de falaises de 300 m de haut, et les restes du piton au centre.

Gibraltar
Au début des années 2000, le français Collina-Girard, géologue et préhistorien à l’université de Provence, s’intéressa au Banc Spartel, un haut-fond sableux immergé à 56 mètres seulement de profondeur, à l’ouest du détroit de Gibraltar. Il a alors reconstitué la zone telle qu’elle aurait dû être 9 000 ans plus tôt, à la fin de la dernière glaciation, quand le niveau de la mer se situait 130 mètres plus bas. Ce sont alors 7 îles qui émergent dans le détroit, dont la plus grande mesurait 14 km de long sur 5 de large, et culminait à 80 m d’altitude. Le banc Spartel a été submergé à la fin du Paléolithique, en 9000 av. J.-C., au moment d’une remontée eustatique accélérée (montée des eaux de 3-4 mètres par siècle). Mais comment le souvenir de ces îles aurait-il pu nous parvenir ? On sait que les ancêtres des Berbères, les Ibéromaurusiens habitaient les côtes ibériques et celle du Maroc à la fin du Paléolithique, ce qui signifie qu’ils pouvaient très bien avoir traversé le détroit et avoir colonisé ces îles, qu’ils auraient abandonné lorsque les eaux sont montées, transmettant ainsi oralement le souvenir de cette histoire, et qui serait ensuite parvenue jusqu’aux égyptiens. De plus, dans la mythologie grecque, Antée, roi des Libyens (nom antique des Berbères), était aussi fils de Poséidon. On trouve d’ailleurs au Maroc les vestiges de Lixus (le temple d’Antée) et son tombeau sur le site mégalithique de M’Zora. Autant d’indices qui alimentent l’imagination. Au final, une seule certitude : il y a bien eu une Atlantide géologique à Gibraltar, sur laquelle Platon a pu ensuite transposer son Atlantide philosophique.

Le détroit de Gibraltar. En beige clair, les côtes actuelles. En foncé, les terres émergées au maximum glaciaire.

La Mer Noire
En 1999, des géologues américains et un chercheur français de l’IFREMER ont mis en évidence un remplissage de la mer Noire par la Méditerranée en de temps très anciens. Des analyses faites dans les années 60 sur des coquillages retrouvés dans des couches profondes de sédiments de la Mer Noire ont en effet révélé que cette dernière était initialement un lac d’eau douce situé à 150 mètres en dessous du niveau de la Méditerranée, dont elle était séparée par un isthme, au lieu des 2 détroits actuels. On a longtemps pensé que la fonte des glaciers avait directement rempli ce lac jusqu’à ce que son niveau rejoigne lentement celui de la mer voisine, mais d’autres théories soutenaient que ce remplissage serait venu principalement par la mer. Or des analyses de 1999 sur les premières couche de sédiments contenant des coquillages marins, révèlent qu’ils ont tous absolument le même âge : 7 500 ans. L’interprétation faite est que le remplissage d’eau de mer se serait alors fait de façon brutal et instantané, autrement l’âge de ces coquillages aurait été bien plus étalé dans le temps. D’après leurs calculs, les chercheurs estiment que ce remplissage aurait pris à peine 2 ans : un monstrueux torrent de 50 km3 d’eau de mer (­l’équivalent de 200 chutes du Niagara) ­ s’engouffrant chaque jour par le détroit du Bosphore, et provoquant une inondation montant de 15 cm chaque jour, avançant de 10 km par semaine ; des calculs encore soumis à controverse. De nombreux peuples vivaient au bord de la mer Noire en ce début du Néolithique. Certains affirment que c’est sur les bords de cet ancien lac que seraient nées les premières civilisations et l’agriculture, et que ces peuples en fuite vers ce qui deviendra plus tard le Croissant Fertile seraient à l’origine du mythe du Déluge, dont l’Atlantide ne serait alors qu’une variante. Peut-être trouverons-nous un jour les vestiges d’anciennes cités lacustres au fond de la mer Noire pour l’attester…

Le Doggerland
Retour, encore une fois, à la fin de la dernière glaciation, mais cette fois en mer du Nord. A cette époque, le niveau de la mer est 130 mètres plus bas et les grands fleuves que sont le Rhin, la Tamise et la Seine se jettent tous dans un bras de mer qui deviendra plus tard la Manche. La Grande-Bretagne était alors reliée au reste du continent par une grande étendue émergée, le Doggerland. Parsemé de forêts, de plaines, de collines et de fleuves, cet endroit se serait révélé être un véritable paradis pour les populations de chasseurs-cueilleurs qui l’occupaient alors, quand bien même les glaciers d’Écosse et de Scandinavie rendaient le climat assez froid. Ici, à partir de -8 000, la montée des eaux fut assez lente, à raison d’1 ou 2 mètres par siècle, mais suffisante pour forcer les populations à déplacer puis se retrouver encerclées par les eaux, abandonnant leurs villages. En -6 150, les dernières terres émergées sont définitivement englouties par un tsunami provoqué par le glissement de terrain de Storegga, en Norvège, causé par l’effondrement de près de 300 km de côtes après un séisme. Ces peuples ont très bien pu garder en mémoire le souvenir de cette montée des eaux et transmettre leur histoire lors de leurs migrations vers l’ouest et le sud. Aujourd’hui situé à une trentaine de mètres de profondeur à peine, les pêcheurs locaux remontent depuis près de 150 ans de nombreux restes et fossiles : coquillages d’eau douce, ossements de mammifères (lions des cavernes, mammouths, rhinocéros laineux…) mais aussi d’humains. Autant de preuves de l’existence d’une « civilisation » encore à découvrir.

Évolution du Doggerland, de -16 000 à aujourd’hui.

La Macaronésie
C’est le nom donné à l’ensemble des îles de l’océan Atlantique composé des Açores, de Madère, des Canaries et du Cap Vert. Elles tirent leur nom du grec makáron nêsos signifiant « Iles des Bienheureux ». Les anciens géographes grecs avaient ainsi baptisé les îles mythiques, au-delà des Colonnes d’Hercule, où était censé se trouver le séjour des morts. Les Canaries sont de plus appelées depuis l’Antiquité « Iles Fortunées », que l’on a aussi parfois associées aux Hespérides. On sait, grâce aux textes relatant le périple de Hannon, que les navigateurs carthaginois, puis les phéniciens, ont exploré cette zone de l’Atlantique et ont pu découvrir ces îles dès le Ve siècle av.JC ; des pièces puniques du IIIe siècle av. JC ont même été découvertes sur une des îles des Açores (même si elles ont pu être amenées plus tard). Cependant, aucune trace d’occupation humaine n’a jamais été découverte avant le XVe siècle avec l’arrivée des navigateurs espagnols et portugais. En revanche, les 7 îles des Canaries sont connues et répertoriées dès le Ier millénaire av. JC, du fait de leur proximité avec la côte. Ce sont aussi les seules à avoir été peuplées par une population indigène, les Guanches,  encore assez méconnus à ce jour. La colonisation, a priori d’origine berbère, a pu se faire en 2 temps : d’abord vers -3 000, de culture mégalithique, puis vers -500, d’origine phénicienne, se métissant avec la population indigène. Ces découvertes ainsi que plusieurs études archéologiques et génétiques ont permis de mettre fin aux théories faisant des Guanches les descendants rescapés de l’Atlantide, mais de nombreux auteurs, de Jules Verne à Edgar P. Jacobs, ont fait des îles de la Macaronésie, les vestiges émergés de l’ancien continent disparu.

Des fantasmes…
D’autres théories issues de chercheurs, parfois sans formation scientifique, ont localisé l’Atlantide un peu partout autour du monde. Avec parfois pour seules preuves leurs convictions ou leur imagination romanesque, ils l’ont situé tour à tour en plein Sahara, au Sinaï, en Sardaigne, au large de l’Islande, au Brésil, sur l’île de Socotra au large du Yémen et même en Antarctique. Je ne saurais aussi que vous conseiller la lecture de cet article qui situe l’Atlantide en Gaule celtique, ou, plus récemment, cette interview de Stavros Papamarinopoulos, professeur de géophysique et accessoirement l’expert le plus respecté au monde au sujet de l’Atlantide. Il propose une théorie plutôt bien argumentée dont la conclusion laisse tout simplement rêveur…

On remarque donc que le mythe de l’Atlantide est loin d’être unique. La plupart des théories nous font remonter à la date mentionnée par Platon, qui correspond à une période où les hommes et les civilisations qu’ils avaient commencé à bâtir, ont effectivement subi la montée des eaux, parfois lentement, parfois brusquement, ce tout autour du monde. C’est ainsi que l’on retrouve tous ces mythes, du Déluge à l’Atlantide en passant par Gilgamesh, faisant mention de cataclysmes vécus, ancrés dans la mémoire collective et suffisamment forts pour avoir été transmis sur des millénaires puis transformés en véritables histoires scénarisées lorsque l’écriture l’a rendu possible. Si l’Atlantide de Platon ne sera sans doute jamais découverte, elle a toutefois permis de découvrir d’autres sites, d’autres peuples, et qui sait, avec les nouvelles technologies de recherches, d’autres découvertes sont encore à venir au large des côtes…


• La Civilisation des Anciens

L’Île de Natla / artwork TRA

Calcutta, Inde, 1996. Lara Croft est approchée par Larson Conway, un de ses anciens rivaux affronté 1 an plus tôt à Rome, qui la met en relation avec Jacqueline Natla, PDG de Natla Technologies. D’abord réticente, elle se laisse finalement convaincre en découvrant que la requête de Natla concerne le Scion des Atlantes. Si le pitch de TR1 reste somme toute assez classique, l’employeur se révélant être le grand méchant de l’histoire, le jeu ne nous apprend finalement pas tant de choses sur l’Atlantide et son contexte historique. C’est finalement la trilogie de Crystal, dont TRA est le point central, qui nous révélera quelle était véritablement l’ampleur de la civilisation Atlante à travers une quête tant archéologique que personnelle pour Lara. Reprenons tout d’abord depuis le début l’histoire de l’Atlantide telle qu’elle nous est présentée dans les différents Tomb Raider.

L’Atlantide, première vision de Lara / TR1

-10 500 av. JC. L’Atlantide, la civilisation la plus avancée que la Terre ait jamais connu, domine l’ensemble du monde par son savoir et sa technologie. Elle est gouvernée par 3 rois immortels, tous frères et sœurs : Qualopec, Tihocan et Natla. Chacun possède un fragment du Scion, un artefact source de leur puissance où ils ont également placé toutes leurs connaissances (le « savoir des Anciens » mentionné par Natla dans TRA). L’équilibre de l’Atlantide est soudain brisé par Natla qui cherche à prendre le contrôle du monde en le détruisant pour mieux le reconstruire à son image, le passage au « 7è âge ». Elle a vraisemblablement volé les fragments de ses frères pour créer une armée de mutants à ses ordres et ainsi provoquer une guerre civile, dans laquelle Qualopec est mutilé : il y laissera ses 2 jambes, remplacées par une sorte d’exo-squelette. Natla est arrêtée, mais trop tard : alors qu’elle est jugée et condamnée par ses frères à être cryogénisée et en enterrée pour l’éternité, elle annonce que les roues du Kathar sont déjà en marche. En effet, la fonte des glaces mondiale entraîne l’engloutissement des cités atlantes tandis que le continent d’Atlantide lui-même est dévasté par de puissantes éruptions et raz-de-marées et sombre à jamais au fond de l’océan.

L’engloutissement de l’Atlantide, première vision de Lara / TR1

Il détient le savoir des Anciens, des connaissances qui vous dépassent tous.Jacqueline Natla

Mais de nombreux survivants ont pu réchapper du cataclysme. Emmenés par Tihocan et Qualopec, ils se réfugient dans des sanctuaires épargnés par la montée des eaux. Désormais détenteurs du savoir perdu des Anciens, ils fondent de nouvelles colonies, destinées à devenir autant de nouvelles civilisations : Incas, Égyptiens, Grecs, Nordiques, Celtes, Mayas… Si on observe d’ailleurs les glyphes atlantes de la Grande Pyramide dans TRA, on remarque qu’ils comportent de nombreux symboles : hiéroglyphes égyptiens, caractères grecs, symboles alchimiques, comme un langage originel qui se serait dilué dans celui de chacun de ces peuples.  Les atlantes deviennent alors les « Anciens », cette mystérieuse civilisation qui, se faisant passer pour des dieux ou des magiciens, façonne de nouveaux rois et héros prêts à fonder les prochaines civilisations humaines, telles que nous les connaissons aujourd’hui. Ils leur lèguent certains artefacts, des connaissances et leur histoire.

Mais peu à peu privés de leurs technologie, les derniers atlantes, bien que doués d’une grande longévité finissent par mourir, à l’exception des immortels Tihocan et Qualopec. Avec le temps, l’Histoire devient légende, le savoir des Anciens est oublié ou perdu, de nouvelles cités, de nouveaux temples sont bâtis sur les sanctuaires Atlantes et leurs secrets scellés pour les siècles à venir. Qualopec et Tihocan se retirent du monde : l’un au fin fond des Andes (où sera bâti plus tard Vilcabamba), l’autre préparant sa retraite dans la région des Météores (mais il changera visiblement ses projets, sa tombe étant vide quand Lara l’ouvre dans TRA). L’Atlantide devient définitivement un mythe au yeux de tous… jusqu’en 1945. La prison souterraine de Natla est aujourd’hui le Nouveau-Mexique, théâtre des premiers essais nucléaires américains. C’est l’un d’entre eux qui va libérer la reine atlante de sa prison de glace et lui permettre de reprendre pied dans le monde actuel. Bien décidée à poursuivre son œuvre de destruction du monde, elle créé à ces fins sa petite entreprise, Natla Technologies. Elle fait rapidement fortune, son savoir lui permettant de développer des technologies de pointe, très lucratives.

Connaissant les recherches de lord Croft dans les années 70-80 et ayant eu vent des conditions mystérieuses de la disparition de sa femme, elle lui propose son aide pour la retrouver en échange d’aller lui rechercher des artefacts de l’Atlantide (les reliques de Thor et le Scion). Mais Richard Croft échoue à retrouver Vilcabamba et découvre bien vite les desseins de Natla ; il cesse sa collaboration non sans avoir trouvé un des gantelets de Thor qu’il a caché dans les souterrains du manoir familial, laissant des indices que seule Lara pouvait déchiffrer, avant de disparaître à son tour. Natla, patiente, attendant à nouveau le moment propice.

En 1996, elle contacte cette fois Lara et l’envoie sur la même piste que son père, mais fait également appel aux services de Pierre Dupont et Larson Conway. Sans surprise, Lara réussit là où son père avait échoué et, démasquant à son tour Natla, pense l’avoir éliminé dans l’explosion du seul vestige alors connu de l’Atlantide, la Grande Pyramide. Mais Natla est décidément immortelle. 10 ans plus tard, elle est visiblement l’otage d’une nouvelle société, Natla Industries. Elle met son savoir à disposition d’Amanda Everts, tout aussi avide de connaissance que Lara mais bien moins regardante sur les méthodes pour y parvenir, disposant d’une véritable petite armée privée. Lara ne le réalise toutefois que quelques temps plus tard en tombant nez à nez avec Natla qui, dans un dernier espoir de détruire le monde, mettra Lara sur le chemin du Marteau de Thor afin d’avoir accès au Serpent de Midgard. Lara détruira définitivement la reine atlante en même temps que le dispositif, mettant ainsi un terme à ses recherches sur l’Atlantide.


• Tomb Raider, une vision évhémériste de l’Atlantide

L’évhémérisme est une théorie selon laquelle les dieux seraient des personnages réels, sacralisés après leur mort, leur légende étant embellie jusqu’à devenir une sorte de symbolisme absolu et universel. Elle tire son nom du mythographe grec Evhémère qui vécut de -316 à -260, et considéré comme l’inventeur de l’athéisme.

Dans Tomb Raider, on découvre que certains dieux et légendes des mythologies du monde ont réellement existé, et qu’ils sont tous liés à la civilisation Atlante dont ils sont les héritiers et successeurs. A l’exception bien sûr des 3 souverains Qualopec, Tihocan et Natla dont l’origine et la nature sont inconnues et qui sont effectivement immortels, d’autres personnages tels que Thor, Midas, Merlin, Arthur, Viracocha ont, au vu des découvertes de Lara, réellement vécu parmi les hommes normaux dont ils ont guidé les destinées. Étaient-ils des survivants atlantes doués, dans une moindre mesure, de pouvoirs similaires à leurs rois ou bien des êtres humains normaux qui ont bénéficié ou su profiter du savoir des Anciens ? Nul ne le sait, mais toujours est-il que dans Tomb Raider, les légendes ont fait d’eux des être surnaturels et extraordinaires tous liés au plus ou moins directement à l’Atlantide. Petit tour en revue des civilisations que Lara et son père ont ainsi mis en lien avec le monde atlante :

LES PRÉ-INCAS
A Tiwanaku, en Bolivie, Lara découvre un site pré-inca construit tout autour d’un portail faisant partie du réseau de transport atlante. Au Pérou voisin, sur le site de Paraiso, elle ouvre la tombe de la dernière reine de Tiwanaku, faisant le lien avec les 2 sites, mais aussi avec l’Atlantide : la reine aurait été mise sur le trône par le dieu Viracocha, détenteur du « bâton de Viracocha », en réalité un artefact des anciens atlantes. Les pré-Incas sont donc leurs héritiers directs.
LES INCAS
La cité perdue de Vilcabamba, dernier refuge des Incas qui fuyaient les conquistadores, se trouve sur le site de la tombe de Qualopec lui-même, dont elle protège l’accès par de lourdes portes et de nombreux pièges.
LES GRECS
Sur le même principe, le roi Midas, personnage semi-légendaire de l’antiquité grecque, a bâti son imposant palais (avec son amphithéâtre et sa citerne) au-dessus du tombeau de Tihocan. On accède aux vestiges du palais par les catacombes étrangement païennes d’un monastère chrétien, la Folie St François, construit des siècles plus tard par-dessus tout l’ensemble. Ici, le savoir des Anciens ne semble pas si oublié, car un des moines du monastère semblait bien au courant de la présence du Scion dans les profondeurs de la montagne …
LES ÉGYPTIENS
L’Égypte antique semble être directement issue de la civilisation atlante : les hiéroglyphes, les pyramides, les momies. Tout porte à croire qu’elle en serait la principale héritière. C’est d’ailleurs à Khamoon que Lara découvre le dernier fragment du Scion, appartenant à Natla, et caché ici par Tihocan et Qualopec eux-même après la chute de Natla et avant la destruction de l’Atlantide.
LES CELTES
A l’instar de la reine de Tiwanaku, Arthur aurait été fait roi par un personnage identique à Viracocha, Merlin. Ce dernier aurait remis à Arthur un puissant artefact qui rendit magique son épée Excalibur, tout comme celui donné à la reine de Tiwanaku. De plus, l’au-delà des légendes celtes, Avalon, décrit en fait un lieu auquel on accède via les portails de transports, comme le Hellheim nordique.
LE NÉPAL
Aucune information n’est donné sur les ruines découvertes par Lara dans l’Himalaya lors du crash de son avion. On y trouve les vestiges de ce qui ressemble à une ville prise dans les glaces et construite à flanc des parois de la montagne, ainsi que le fameux temple bouddhique qui abrite en son sein un portail de transport atlante. Comme à Tiwanaku, le site semble protéger le portail.
LES NORDIQUES
Comme les égyptiens, les nordiques semblent être des héritiers direct des atlantes, à tel point que certains dieux nordiques, comme Thor semblent avoir réellement existé et ont disposé d’une technologie atlante : le marteau Mjöllnir, les gantelets Jarnglofar et la ceinture Megingjord, mais surtout le Serpent de Midgard, gigantesque dispositif capable de réveiller la tectonique des plaques. Ils semblent avoir essaimé de par le monde et ont bâti des sanctuaires en Méditerranée, en Thaïlande et au Mexique.
LES PRÉ-KHMERS
En Thaïlande, Lara découvre un site « au style architectural inconnu, aussi loin au sud-ouest » et plus ancien que tout ce qu’elle connaît. Il s’agit de Bhogavati, issue des légendes hindoues, royaume des Nagâs. Ce site, véritable incarnation d’un Royaume des Morts est bâti sur un sanctuaire atlante de type nordique, abritant autrefois une relique atlante protégée par des thralls, des morts-vivants. Les khmers semblent avoir assimilé le site atlante à leur propre mythologie.
LES MAYAS
Tout comme les Khmers, les Mayas ont assimilé un autre sanctuaire atlante, protégé par des thralls, à leur propre royaume des morts. C’est donc en ouvrant les portes de Xibalba que Lara découvrira la cachette d’une autre relique atlante liée aux nordiques.

Il aura donc fallu 4 jeux pour découvrir l’ensemble des secrets de l’Atlantide telle qu’elle est imaginée dans Tomb Raider. Évidemment, on ne peut que supposer que de nombreux autres sites seraient à découvrir, et que Lara se ferait un plaisir d’aller visiter. Et vous, quelle est votre théorie au sujet de l’Atlantide, mythe ou réalité ?


© Dossier rédigé par Mahé Koadfall